mardi 4 mai 2010

Politique chez Machiavel

INTRODUCTION

Au début du XVè siècle, Machiavel élabore une nouvelle philosophie politique se voulant pragmatique. Elle prend appui sur une anthropologie tournée vers le réalisme politique. En effet, cette approche voudrait appréhender la nature humaine telle qu’elle est réellement, dans sa nudité, au-delà des considérations morales. Pour ce faire, Machiavel partira d’un réalisme absolu prônant l’autonomie de la politique par rapport à l’éthique et par rapport aux commandements de l’Eglise.
L’intention de notre auteur est de définir les finalités et les moyens de la conquête et de la conservation du pouvoir aussi longtemps que possible par le gouvernant. Leur étude nous révèle les mécanismes du jeu du pouvoir et met à nu le comportement des gouvernants. Il apparaît que la réalisation d’un tel projet écarterait tout usage de la morale. En effet, la morale du prince doit parfois être immorale pour assurer sa protection.
Alors comment comprendre une articulation politique-éthique dans laquelle la politique ne coïncide pas avec les normes morales traditionnelles ? Comment conserver le pouvoir ? C’est le socle sur lequel se bâtit notre exposé. Pour ce faire, nous aborderons notre travail en trois parties. En premier, nous étudierons le contexte historique d’où émerge la pensée de Machiavel ; ensuite nous verrons comment s’opère l’articulation de son éthique politique ; enfin nous en ébaucherons une analyse critique.

I. MACHIAVEL ET SON TEMPS

I.1. Contexte historique
The political atmosphere in Italy during the time of Machiavelli was mostly characterised by the disunity that reigned among Italian states and the nature of the papacy and its occupants. Italy was divided into small, strong, politically independent city-states which were in constant conflict. The most complex difficulty was the role played by the papacy. Instead of being “arbiter of the quarrels of Christiandom,” the popes became worldly, and determined to retain the sovereignty of central Italy. The means used by both ecclesiastical and nonecclesiatical politicians and their political strategies during this period were for the most part not selected because of their conformity to standards of abstract morality but rather because they promised to bring immediate results which were deemed desirable. However, Machiavelli’s youth was concurrent with the greatness of Florentine culture and political power under the brilliant political genius of Lorenzo de’ Medici (Lorenzo the Magnificent).
The Medici family ruled Florence from around 1434 until 1494 when Pietro de Medici was expelled from Florence after capitulating to Charles VIII of France. After the Medici family left Florence, a Dominican monk named Girolamo Savonarola won the Florentines’ favour and became political leader of the new Florentine republic. However, his rulership by spiritual beliefs was not to last. In May 1498 he was tried for heresy, convicted and executed after losing favour with the Florentines.
Piero Soderini was next in line. Yet the Medici with the help of the Spanish army, overthrew him in 1512. Lorenzo, Duke of Urbino, and Cardinal Guilio de Medici ruled Florence until 1527 when they were expelled from Florence again and the republic adopted a new constitution. This new republic existed for six years before the Medici returned to power for the longest and final time. From this one begins to see the primary influence on Machiavelli’s theories on the securing and retaining of power.


I.2. His Life
Niccolo Machiavelli was born on May 3 in Florence, Italy. He is the third of four children of Bernardo Machiavelli, an impecunious lawyer, and Bartolomea Nelli, an educated woman who enjoyed writing poetry. Thus, he came from a noble albeit poor family. Though poor, Bernardo took special interest in his son’s education. He had many humanist associates and used his connections to give his son a humanist education, inculcating in him humanist ideas, Roman ideals, Greek works, and Republican beliefs. Machiavelli familiarised himself with art, music, philosophy and science because of the urgings of his father. He also received sound formal education at the University of Florence.
He entered public service in 1494 as clerk to the Chancery of Commune. On June 19, 1498, he was appointed as second chancellor to the Florentine Republic and secretary to the Dieci di liberta e pace (Ten of liberty and Peace). These posts afforded him innumerable opportunities over the next fourteen years to closely examine the inner workings of government and to meet prominent individuals like Cesare Borgia who furnished him with the major profile in leadership for The Prince.
When the Medici deposed Soderini in 1512, they suspended Machiavelli from the chancery and condemned him to remain within Florentine territory for a year, unable to leave the city without permission. During the exposure of the Boscoli and Capponi conspiracy, Machiavelli’s name was found on a list of potential supporters; he was imprisoned and tortured for information. He was latter declared innocent and released. It was after this ordeal and during his exile that he began to write his most famous work, The Prince (1513). His other works include: Discourses on Livy and the Florentine Histories. He died on June 21, 1527. His final resting place is unknown but a cenotaph is placed in his name in the church of Santa Croce in Florence.

II. IMPLICATIONS ETHIQUE-POLITIQUE CHEZ MACHIAVEL

Parler de l’éthique de Machiavel revient à déceler, dans son argumentation, les raisons et les moyens qui sous-tendent la conquête et la conservation du pouvoir politique. Autrement dit, il s’agit de répondre à une question fondamentale : Comment régner sur une Principauté ? La réponse à cette question exige de s’interroger non seulement sur l’essence des principautés, mais également sur les différentes sortes dont Machiavel reconnaît l’existence, la façon de les acquérir, la façon de s’y maintenir ainsi que les raisons de leur perte.

II.1. Les différentes principautés et la façon de les gouverner
Parmi les Etats, principautés ou républiques, Machiavel en distingue trois principales. Il s’agit des principautés héréditaires, nouvelles et ecclésiastiques.
Les premières ou principautés héréditaires sont celles dans lesquelles le pouvoir se transmet des parents aux enfants, par reproduction génétique. Elles sont, selon lui, plus faciles à gouverner. « Il suffit en effet de n’y pas bouleverser les dispositions établies précédemment et … de temporiser devant les situations imprévues » .
Les secondes sont dites nouvelles à cause de cause de leur conquête récente et de la nouveauté du prince régnant. D’après Machiavel, ces principautés sont plus difficiles à gérer. D’ailleurs, il y en a qui sont mixtes et d’autres qui sont entièrement nouvelles. Machiavel parle de principautés mixtes pour désigner celles qui, bien que nouvelles, conservent les éléments d’un Etat héréditaire. La difficulté à les gouverner vient de ce que dans l’espoir de trouver mieux ailleurs, les hommes préfèrent changer de maîtres. Pour ce faire, ils prennent les armes pour chasser le prince du moment. Or très souvent c’est un mauvais calcul car, après coup, ils se rendent compte qu’ils ont « changé un cheval borgne contre un aveugle » .
C’est là une violence aveugle et gratuite. Celle-ci peut aussi provenir du prince lui-même qui, pour consolider son pouvoir, utilise l’oppression et la violence de manière à s’attirer l’animosité non seulement de ses alliés, mais également de ses ennemis. Une principauté ainsi fragilisée dans ses fondations, puisqu’ayant perdu la faveur des habitants, ne peut tenir dans l’adversité. C’est ce qui, d’après Machiavel, explique que le roi Louis XII ait perdu la ville de Milan aussi rapidement qu’il l’avait conquise .
Toutefois, pour s’attirer les faveurs de la population nouvellement conquise, le nouveau prince doit non seulement éteindre la lignée du prince précédent, mais aussi ne rien modifier de leurs lois et leurs impôts. Ceci est, bien sûr, plus facile dans les territoires qui partagent la même langue et les mêmes coutumes.
Par contre, les principautés entièrement nouvelles et constituées des territoires ayant des langues et des coutumes différentes exigent du prince une obligation de résidence et une colonisation par le peuplement. Cela permet, d’une part aux sujets d’avoir le « prince à portée de leurs plaintes » et, d’autre part au prince de contrôler tous les mouvements d’humeur de ses sujets, de manière à anticiper tout désordre éventuel. La colonisation pour sa part aura dans les territoires le même effet que celui « des entraves aux jambes d’un esclave » , c’est-à-dire une réduction, une privation de mouvement ou de liberté.
En outre, le prince doit s’attirer la soumission et la sympathie des voisins plus faibles que lui. Pour éviter toute surprise désagréable, il doit aussi veiller à affaiblir tous ses sujets trop puissants, tout en se mettant à l’abri d’un étranger à force égale à la sienne.
Les principautés ecclésiastiques, pour leur part, sont soutenues par les structures très anciennes de la religion. D’ailleurs pour Machiavel, « celles-ci se sont révélées si fortes et de si haute qualité qu’à elles seules elles préservent leur prince, quel que soit son comportement » .

II.2. La morale politique de Machiavel
La politique est l’art de bien gérer la cité mais aussi celui d'apprendre à se maintenir au pouvoir dans une situation ouverte à tous les retournements. Pour ce faire, Machiavel en propose, entre autres principes : la vertu, la fortune, la cruauté, la scélératesse.

II.2.1. La vertu et la fortune
La vertu ici ne comporte aucune signification morale. Elle intègre les divers talents physiques et spirituels, que la nature peut donner à un homme. Elle désigne à la fois l’intelligence, l’énergie, le ressort, la résolution, la valeur farouche, et, s’il le faut, féroce, donc l’habilité politique, l’héroïsme. Qualité du prince, la vertu renvoie à une disposition humaine de réaction, ou de non réaction, face à l'évènement. S'exerçant dans et à travers la fortune, la vertu est au cœur de l'art du prince. Elle doit avant tout être comprise comme la capacité d'imposer sa volonté à la fortune. Aussi, la vertu des acteurs politiques ne renvoie pas directement à leur caractère vertueux mais plutôt à leur vaillance, à la qualité avec laquelle ils abordent la fortune et essayent de la maîtriser.
C'est la souplesse plus que la rigidité que Machiavel entend défendre ; la vertu implique que les acteurs politiques sachent avant tout s'adapter aux circonstances. Ainsi Machiavel recommande une conduite pragmatique de l'action politique ; une conduite qui sache adapter l'action politique à la contingence des circonstances. Le rôle de la vertu est donc de prévoir les catastrophes, de les prévenir. La vertu est la capacité d’imposer sa loi à la fortune.
La fortune quant à elle est une force non humaine, la chance, bonne ou mauvaise, qui intervient dans les affaires humaines. Il s’agit en réalité d’une nécessité extérieure à laquelle il faut généralement répondre dans l'urgence. La fortune se présente suivant les cas, comme contingence aveugle ou comme occasion propice à l’initiative courageuse. Cela illustre la part d'imprévisible avec laquelle les acteurs politiques doivent composer. Aussi l'action politique ne saurait se ramener uniquement à l'imposition d'une volonté, même la plus déterminée ; les intentions ne suffisent pas et la réussite de l'action politique suppose donc quelque chose de plus que la volonté. La fortune dicte sa loi à ceux qui abdiquent devant elle et ne lui opposent rien. La fortune montre son pouvoir là où aucune résistance n’était préparée. La fortune sans vertu est à l’image de la nature non maîtrisée .
En effet, d’après Machiavel, ce que les grands fondateurs d’Etat durent à la fortune, ce fut l’occasion, qui leur fournit « une matière qu’ils pussent modeler à leur fantaisie » . Elle est donc l’occasion de faire preuve de ses talents politiques ; sans elle, l’occasion peut disparaître. La fortune vole au secours de qui sait ne pas s’illusionner et être habile. Là où la vertu est à son maximum, la fortune n’a qu’un rôle d’appoint. Affrontée grâce à la lucidité, la fortune apparaît comme l’aiguillon de la nécessité : ce qui signifie qu’elle montre la nécessité d’agir, et d’analyser les rapports de force en présence. La vertu est donc effort de lucidité en des circonstances particulières, effort intellectuel à l’œuvre dans le concret de l’histoire.

II.2.2. La cruauté
D’après Machiavel, le Prince, vivant en danger permanent, doit apprendre à ne pas être toujours bon, à l’être ou pas selon la nécessité. Ce qui compte, c’est uniquement le résultat : survie personnelle et préservation de l’Etat. La condition humaine ne permet pas de toujours être bon. César Borgia semble être la figure qui illustre parfaitement cette vérité : Il rétablit l’ordre par la cruauté.
En effet, pour pacifier la Romagne, il mit à sa tête Rémy d’Ogre, un homme « cruel et expéditif » , et lui donna les pleins pouvoirs. Il réussit rapidement à se faire une grande réputation. Mais ensuite, César pensa que de tels pleins pouvoirs n’étaient plus nécessaires et pourraient le rendre odieux, car il savait que les mesures rigoureuses prises par Rémy avaient suscité une certaine haine. César voulut en conséquence montrer que si une cruauté avait été commise, ce n’était pas de son fait, mais du fait de la nature violente de son subordonné, Rémy d’Ogre. Il le fit donc couper en deux morceaux sur la place de la ville principale. La férocité de ce spectacle engendra dans la population un état de satisfaction et de stupeur.
Cet exemple nous montre que Machiavel exige un emploi judicieux et vigoureux à la fois de la vertu et du vice, en fonction de ce qu’exigent les circonstances. Pour lui, un prince ne doit aucunement se soucier d’être traité de cruel si l’unité et la fidélité de ses sujets sont en jeu. La vertu du prince n’est donc pas morale mais politique. C’est l’aptitude à conserver le pouvoir et à affronter les contingences de l’histoire. Et c’est en sachant doser la crainte et l’amour qu’il peut maintenir l’ordre et l’unité dans la cité.
Au sens où l’entendait Machiavel, la vertu serait la maîtrise rationnelle de la réalité sociale et des passions humaines pour lutter contre l’instabilité des événements. Aussi, ordonne-t-il que le prince n’hésite pas à « accepter les vices nécessaires à la conservation de son Etat, si honteux qu’ils puissent paraître ; car… telle qualité qui semble une vertu est susceptible de provoquer sa ruine ; telle autre au contraire qui semble un vice pourra apporter à son gouvernement le bonheur et la sécurité » . Ainsi, il apparaît que c’est l’alternance judicieuse de la vertu et du vice qui est vertu. Par conséquent, il parle de la morale d’une toute autre façon que la bonté.

II.2.3. la ruse
Le Prince doit se montrer parcimonieux et doit surtout être craint, agissant parfois comme renard, parfois comme lion. Par contre, il est bon d’apparaître bien : Vertu du paraître, du faire-croire, de l’hypocrisie.
En effet, Machiavel suggère au prince d’être tenu pour parcimonieux et ne pas gaspiller les noblesses de l'État que de passer pour généreux et d'accabler ses sujets d'impôts. Il est bon pour le prince d’être cruel quand il le faut qu'inutilement miséricordieux. Il est mieux d’être craint et respecté qu'aimé et insuffisamment respecté. Il est nécessaire pour le Prince de savoir être renard et lion en même temps, il est nécessaire pour lui de ne pas observer la parole donnée (le serment), lorsque cette observance tourne à son détriment et qu'ont disparu les motifs qui l'ont fait donner. Il est nécessaire de paraître miséricordieux, fidèle, humain, sincère, pieux, mais de savoir aussi ne pas l'être. Il doit en somme ne pas s'éloigner du bien s'il le peut, mais savoir entrer dans le mal s'il y a nécessité. Tout cela parce que, dans les actions des hommes et surtout des princes, on considère la fin. Que le Prince fasse donc en sorte de vaincre et de maintenir l'État. Les moyens seront toujours jugés honorables et loués par tous.
Le prince doit nécessairement tenir compte des réalités effectives. Il doit prendre conscience et faire avec la spécificité de l’espace social et politique, contexte de son action. En cet espace, domine l’apparence : le prince ne peut pas l’ignorer, et doit savoir lui-même en jouer, sinon, il sera pris au piège de cette dualité trompeuse (être-apparence). Le prince doit être attentif à ce que l’on dit, à ce qu’on croit de lui, à ce que reflète l’opinion. La réputation, la rumeur publique, sont des constructions fantasmatiques qui peuvent être loin des qualités et défauts du prince ; mais il ne s’agit nullement de s’en détourner, au contraire, il faut savoir en profiter ; de toute façon, le prince n’est nullement le maître de l’opinion, ni de l’impression qu’il donne. Il doit veiller aux apparences tout de même, puisqu’on ne peut faire sans ; et Machiavel dit que cela doit se faire avec le but de se faire aimer de son peuple.

III- UNE POLITIQUE AUTONOME

Contrairement à la plupart des traités traditionnellement destinés à l’édification de la morale chez le chef d’Etat, supposés l’encourager à l’usage vertueux et juste du pouvoir et à définir le meilleur régime politique, Machiavel laisse place à une démarche qui, libérant l’action politique de toute tutelle morale ou religieuse, lui accorde désormais sa pleine et parfaite autonomie. Machiavel libère la politique des entraves de la morale, car la politique doit se préoccuper de l’art de manipuler pour dominer, de gouverner et de conserver le pouvoir. En effet, il ne s’agit plus de se référer aux valeurs morales transcendantes comme le faisait Platon. Mais il faut intégrer le mal dans l’action politique. Car tous les moyens sont bons pour arriver au pouvoir et même de le conserver. Machiavel fonde son argumentation sur les comportements humains. En effet, le prince est un manipulateur des consciences qui suit la psychologie des peuples et des groupes et non les principes d’une morale universelle. Il est question de donner des sensations au peuple même si le prince n’y croit pas. La politique machiavélique est un jongleur. Car il fait des choses auxquelles il ne croit pas et fait croire ce qui n’existe pas, il doit cependant être attentif à l’opinion, observer et profiter des occasions. Son approche pragmatique et utilitaire de la politique se veut efficace, elle cherche à expliquer les véritables mécanismes de la vie politique au lieu de ne traiter que de situations imaginaires.
Pour ce faire, il faut considérer les hommes tels qu’ils sont et non pas comme ils devraient être. Machiavel dit à cet effet « mon intention étant d’écrire chose utile à qui l’entend, il m’a paru plus pertinent de me conformer à la vérité effective de la chose qu’aux imaginations qu’on s’en fait » . Il entend en politique partir de la vérité des choses, c’est à dire de la conception réelle qu’il se fait de l’homme. Il ne faut pas perdre de vue que dans la pensée de notre auteur l’homme est éternellement insatisfait. En effet, l’anthropologie de Machiavel définie l’homme en ces termes « il est pour qui crée un Etat et lui donne des lois, de penser que les hommes sont méchants et continuellement portés à user de leur malignité dés qu’ils en trouvent l’opportunité » . Le fond de la morale machiavélienne est que les hommes sont toujours mauvais et par conséquent, on ne doit pas se soucier d’être bon ni juste par principe à leur égard.
Le souci principal du prince de Machiavel est de conquérir le pouvoir et de le conserver aussi longtemps que possible. Pour ce faire, il faut que le prince mette toutes les chances de son coté ainsi que tous les moyens qui l’aideront à parvenir à ces fins. Car en politique la fin justifie les moyens. Le premier moyen qu’il aura est l’accumulation des forces militaires, économiques et juridiques qui garantiront sa force. Ensuite, le prince doit inspirer la crainte par le déploiement de sa puissance à travers les armes. Le prince ne devra donc pas hésiter à punir sévèrement ceux qui contestent son autorité en employant son imagination pour trouver des sanctions adéquates telles que la torture publique qui interpellera les réfractaires à sa loi. Cependant la crainte qu’inspire le prince ne devra pas être excessive afin de ne pas s’attirer des haines dangereuses à son pouvoir.
La politique comme entreprise de domination d’une manière exceptionnelle, par sa complexité et par son refus spontané de tout ordre moral, serait l’occasion pour l’homme de génie de manipuler sa vertu en témoignant de la plus suprême des habiletés, celle qui consiste à anticiper les causes de destruction, qui consiste à tromper les hommes pour désarmer leurs résistances et les contraindre ainsi par la ruse à entrer et à demeurer dans les filets de la loi imposée. Ainsi, l’objet de la politique machiavélienne serait seulement la gloire que recherche et s’attire celui qui a su empêcher les hommes de se détruire et les contraindre à se tenir dans les limites de la forme qu’il leur a imposée. En conséquence, le mal devient alors un instrument inévitable de l’action politique qui se veut efficace.


IV. APPROCHE CRITIQUE

L'originalité philosophique de Machiavel consiste à avoir introduit dans la politique ce que l'on peut appeler la logique pratique, c'est-à-dire la méthode avec laquelle on juge les hommes et les événements. Bien qu’elle paraisse superficielle, cette méthode est le bon sens. Elle pénètre et va jusqu'aux causes les plus cachées. En général elle est un raisonnement rapide, qui conclut de ce qu'elle voit à ce qu'elle ne voit pas, à l'aide de la comparaison et de l'analogie. C'est une induction, mais qui ne se soumet pas à des règles, qui ne connaît pas les lenteurs de la méthode scientifique. En effet, dans la vie, il faut juger vite, et l'on se passe d'une parfaite exactitude pour atteindre plus tôt l'à peu près.
La méthode de Machiavel avait les avantages et les inconvénients de cette sorte de logique, qui juge plus qu'elle ne raisonne, et qui devine plus qu'elle n'observe. Elle considère plutôt ce qui est, que ce qui doit être: elle prend pour règle l'exemple et l'usage, plus que la conscience, et s'intéresse plus au choix des moyens employés pour obtenir un résultat, qu'à la valeur morale du but poursuivi. C'est là une des causes de l'immoralité que nous relevons chez Machiavel.
Il parlait et raisonnait comme le vulgaire, avec beaucoup de profondeur, mais sans hauteur ni pureté morale. On le comprend d'ailleurs, lorsque l’intuition qui est la logique familière commence à se sentir assez forte pour évincer et remplacer la logique conventionnelle. Elle écarte toutes les idées de l'école ou de la religion ; or, les idées morales ont toujours eu pour privilège d'être défendues par l'école ou la religion contre le monde, entendu ici comme mal. Puisqu’elles sont plus claires pour ceux qui vivent parmi les hommes et qu’il est plus facile de les comprendre et de les admettre en théorie que de les pratiquer, les savants qui se font les défenseurs des idées morales les couvrent de qualificatifs superlatifs, qui leur nuisent auprès du monde. Il apparaît que la logique du monde, lorsqu'elle s'émancipe du joug des contraintes des écoles de pensée ou de religions, s'affranchit en même temps des idées morales, et les traite volontiers avec dédain : de même que l'enfant qui pendant longtemps n'a jugé qu'à l'aide de son maître, lorsqu'il commence à sentir en lui-même la puissance de juger seul, rejette tout ce qu'on lui a appris, bon ou mauvais, et met une certaine fierté à fouler aux pieds les principes qu'il respectait le plus.


CONCLUSION

Que retenir au terme de notre investigation qui consistait à étudier l’articulation éthique-politique chez Machiavel? La politique telle que conçue par notre auteur doit se libérer au temps que faire se peut de la tutelle de l’éthique pour viser l’efficacité. Notons cependant que Machiavel n’était pas insensible ou ignorant des questions théologiques et de la Bible (Eglise). Il est simplement admis que son objet est avant tout d’ordre politique. Car la science politique est autonome à l’intérieur de sa propre sphère. La politique s’exercer indépendamment de l’enseignement biblique. Déterminant pourquoi Machiavel ne fait aucunement allusion aux normes de l’Eglise, Léo Strauss s’exprime en ces termes «si Machiavel n’a aucun sens du sacré c’est parce que son entreprise repose sur l’idée d’une maîtrise de la Fortune » .
Son argumentation s’appuie sur une anthropologie pessimiste qui considère l’homme comme étant foncièrement méchant, ingrat, changeant et prêt à déployer sa méchanceté dés qu’une occasion se présente. Pour ne pas tomber dans le piége de la malice humaine, la toute première préoccupation du prince serait de conquérir et de conserver le pouvoir aussi longtemps que possible. Pour venir à bout de ce projet, Machiavel élabore des vertus nécessaires à cette réalisation. Ces vertus ne sont pas entendues au sens ordinaire ; au contraire, il s’agit de la promotion des valeurs immorales. Car l’homme politique doit être à même de sauver l’Etat ou, s’il veut se maintenir au pouvoir, de se préparer à agir à l’encontre des principes moraux.




















BIBLIOGRAPHIE

Œuvres de Machiavel

Le prince, Paris, Garnier Flammarion, 1980

Discours sur la première décade de Tite Live,

Œuvres sur l’auteur

STRAUSS L., Pensées sur Machiavel, Paris, Payot, 1982

MOUNIN G., Machiavel, sa vie, son œuvre, Paris, P.U.F, 1964

MAGEE B., Histoire illustrée de la philosophie, Paris, Le pré aux clercs, 2000

VIROLI M., Niccolo’s Smile: a biography of Machiavelli, New York, Farrar, 2000

VILLARI P., The life and times of Niccolo Machiavelli, Paris, T. Fisher Urwin, 1898


Dictionnaires et Encyclopédies

CANTO- SPERBER M., Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale, Paris, P.U.F, 1996
RUSS J., Histoire de la philosophie de Socrate à Foucault, Paris, Hatier, 1985

RUSS J., Philosophie : les auteur, les œuvres, Paris, Bordas, 1996

BARAQUIN N. et LAFFITTE J., Dictionnaire des philosophes, Paris, Armand Colin, 1997




TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION…………………………………………………………………………..1
I. MACHIAVEL ET SON TEMPS………………………………………………………....1
I.1. contexte historique……………………………………………………………………...1
I.2. la vie de machiavel……………………………………………………………………...2
II. IMPLICATIONS ETHIQUE ET POLITIQUE CHEZ MACHIAVEL.………………....3
II.1. Les différentes principautés et la façon de les gouverner……………………………....3
II.2. La morale politique de Machiavel……………………………………………………...4
II.2.1. La vertu et la fortune………………………………………………………………….4
II.2.2. La cruauté……………………………………………………………………………..6
II.2.3. La ruse…………………………………………………………………………….......7
III. UNE POLITIQUE AUTONOME……………………………………………...……..…8
IV. APPROCHE CRITIQUE………………………………………………………………...9
CONCLUSION……………………………………………………………………………..10
BIBLIOGRAPHIE………………………………………………………………………

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